13.10.2009
Quand l'UMP fait bloc
Rarement tout un gouvernement a fait autant bloc contre une polémique, en l'occurence celle concernant Jean Sarkozy et l'EPAD. Forcément, pour créer une telle cohésion, il fallait que cela touche particulièrement le vrai chef du gouvernement, à savoir Nicolas Sarkozy. Il est curieux de constater, par ailleurs, que les principaux défenseurs de Jean Sarkozy sont tous sous les ordres directs du Président, alors que dans la majorité, les voix se font plus discordantes. Bref, quand on est au gouvernement, on obéit au doigt et à l'oeil à l'Elysée, mais quand on est député, on dispose d'une liberté un peu élargie et on peut dire ce qu'on pense réellement.
Quoiqu'il en soit, sur toutes les radios, on a pu entendre François Fillon et une tripotée de ministres reprendre les mêmes arguments pour défendre Jean Sarkozy. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ont du mal à défendre l'indéfendable. Je souhaite donc étudier en détails quels sont les arguments avancés par les intervenants aujourd'hui et par Jean Sarkozy lui-même en début de soirée.
1) Jean Sarkozy est un élu / Le dirigeant de l'EPAD n'est pas nommé.
L'argument qui veut que Jean Sarkozy est un élu, qui tient son pouvoir du suffrage universel a été repris par tous les ténors du gouvernement et fut le point principal du plaidoyer du Prince lui-même. Celui-ci est, en effet, conseiller général des Haut-de-Seine, ce qui, il me semble, est une condition sine qua non pour prétendre à diriger l'EPAD. Pour n'importe qui d'autre, cela aurait été un argument indiscutable: un élu tient son pouvoir du peuple et, à moins de payer ses électeurs, tel l'imbuvable Serge Dassault, c'est inattaquable. Sauf qu'il est clair que pour pouvoir être élu, Jean Sarkozy a obtenu quelques avantages. On le voit dans presque toutes les réunions de l'UMP, il y a pléthore de jeunes (Ce qui, pour moi, est un mystère). Pour autant, tout ces jeunes, peu importe leur implication, ne sont pas devenus conseillers généraux. Il ne faut pas non plus prendre les Français pour des idiots, ce qui semble être la norme à l'UMP: si Jean Sarkozy ne bénéficiait pas de certains avantages au sein de l'UMP, il ne serait pas un des très rares élus UMP de moins de trente ans (Je n'ai pas les chiffres, mais il ne faut pas non plus être devin pour savoir que les conseillers généraux de 22 ou 23 ans ne sont pas légion). Ainsi, a fortiori, on peut penser que le Prince Jean a bénéficié de passe-droits, ce qui entâche cette légitimité qu'il tiendrait du suffrage universel. Le cas David Douillet le montre bien: peu importe qui on présente aux élections, il y aura toujours des gens pour voter pour eux.
Quant à la procédure de nomination à la tête de l'EPAD, il apparaît que pour pouvoir y être élu, il faut faire partie du conseil d'administration d'une des entreprises de la Défense. Or, ce n'est pas le cas de Jean Sarkozy qui va trouver, comme par magie, une place qui se libère pour lui.
Bref, que Jean Sarkozy soit élu ou qu'il s'agisse d'une élection et non d'une nomination, cela ne change rien, il s'agit toujours de népotisme.
2) Jean Sarkozy a les mêmes droits que tout le monde.
Déjà, cet argument peut prêter à sourire quand on se rappelle l'affaire de son accrochage en scooter. La plupart des gens aurait été reconnue coupable, mais lui s'en sort indemne, preuve en est que la justice est à deux vitesses.
Par ailleurs, ce n'est pas tout le monde qui bénéficie de l'appui de l'Elysée. Apparemment, Patrick Devedjian, dernier directeur de l'EPAD, avait atteint une certaine limite d'âge (Probablement 65 ans, qu'il vient d'avoir en août dernier). Toutefois, il a demandé qu'on prenne un décret spécial lui permettant de ne pas partir à la retraite. Matignon aurait donné son accord et les choses semblaient en bonne voie pour Devedjian. Si ce n'est que l'Elysée aurait bloqué ce décret.
Pourquoi l'Elysée aurait pris une telle décision si ce n'est pas pour préparer la venue de Jean Sarkozy?
(Je pose la question, mais nous connaissons tous la réponse).
3) Jean Sarkozy n'est pas le premier enfant d'homme politique à suivre les traces paternelles.
Bien évidemment, les intervenants du jour ont lourdement insisté sur le fait que Martine Aubry est la fille de Jacques Delors. Il est intéressant de voir que, bien entendu, l'exemple cité est celui de la secrétaire du PS. Il existe dix fois plus d'exemples de fils de politiciens qui entrent eux-mêmes en politique à droite, mais, à propos d'eux, motus et bouche cousue.
La grande différence entre Jean Sarkozy et tous les "fils de" qui l'ont précédé est qu'ils ont fait leurs preuves avant d'obtenir un quelconque poste. Martine Aubry, qui a fait l'objet des sous-entendus de l'UMP, avait obtenu un poste dans un ministère, à 31 ans, certes, mais elle avait tout de même obtenu une licence d'économie, fait Sciences Po et l'ENA auparavant et, lorsqu'elle occupa un poste au Ministère du Travail, elle participa à la rédaction de grandes lois Mittérandiennes, alors même que le Prince Jean est infoutu de finir une année d'études supérieures en moins de deux ans. Il en est de même pour les autres, comme le fils du Général de Gaulle qui avait fait son temps dans la Marine. Son nom l'avait sûrement aidé pour devenir Amiral, mais il y a peu de chances qu'un branleur ait pu obtenir un tel grade s'il n'avait aucune compétence.
De ce qu'on peut voir aujourd'hui, on a l'impression que Jean Sarkozy est l'un des très rares à avoir pu bénéficier de réels appuis d'une personne en exercice. Ainsi, si le fils Pompidou entre en politique, c'est quinze ans après la mort de son père. Il apparaît, en somme, que si la plupart de ces personnes ont pu être aidée par le nom qu'ils portaient, ils ont rarement eu plus d'aide ou ont bénéficié de moins d'avantages. Même si on peut admettre que Martine Aubry, pour la citer une dernière fois, ait pu être aidé par son père, tout deux membres du premier gouvernerment de François Mitterrand (Il y a tout de même de fortes chances que Delors ait proposé le nom de sa fille), il faut tout de même noter que Martine Aubry décide, ensuite, de mener sa carrière politique à Lille, bien loin de Clichy, là où son père exerça en tant que maire. Cet éloignement entre le père et la fille m'apparaît comme bien différent de la clanisation de la famille Sarkozy dans les Hauts-de-Seine. Depuis plus de vingt-cinq ans, Neuilly est le fief des Sarkozy et il ne semble pas prêt à laisser le flambeau.
Au final, la levée de boucliers de l'UMP semble bien faible par rapport à l'ampleur de la polémique. Mais il était déjà clair, dès le départ, que cette "nomination" allait être indéfendable, en utilisant des arguments qui seraient facilement battu en brêche. Néanmoins, cela ne changera absolument rien, puisqu'on connaît déjà l'avenir: cette polémique fera du bruit pendant encore quelques jours, puis s'éteindra toute seule et tout passera comme une lettre à la Poste...Tout du moins jusqu'au prochain scandale touchant le Prince Jean...Scandale qui arrivera sûrement dans quelques années, quand il deviendra Député-Maire de Neuilly...
Pour terminer, je dirais que toute cette polémique n'a qu'un but: aider le jeune Sarkozy à ne pas faire d'erreur. Si un jour, son père ne bénéficie plus du même pouvoir (Par exemple, si sa maladie causant son nanisme s'aggreve), il risque de se retrouver sans diplôme et, donc, de n'avoir aucun avenir. A la Nouvelle Star, on dit fréquemment aux jeunes de ne pas arrêter leurs études pour se lancer dans la chanson, surtout s'ils sont mauvais. Il faut dire la même chose à Jean Sarkozy: "Obtiens d'abord un diplôme avant de faire de la politique, surtout si tu es mauvais".
22:38 Publié dans Et merde, un sujet sérieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, ump, jean, epad, defense






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