14.10.2009
L'art de polémiquer ou la nouvelle façon de faire de la politique
Aujourd'hui, j'ai longuement réfléchi à la nature de ce blog. Certes le but en est de traiter, d'une façon cynique, l'actualité politique française, mais également de le faire de manière relativement sérieuse. C'est à ce moment que je me suis rendu compte d'un paradoxe: alors même que je me targue de cette légère dose de sérieux, il s'avère que je n'ai traité, pour l'essentiel, que des diverses polémiques qui ont pu agiter la vie politique et ai fait qu'une ou deux fois, au grand maximum, des articles de fond, dans le but d'évoquer un réel problème sans aucune dose d'humour noir ou de moquerie. Bien entendu, orgueilleux tel que je le suis, je refuse de croire qu'il s'agit là entièrement de ma faute. De prime abord, cela pourrait être le cas, puisque, après tout, le fonds de commerce de ce blog est donc l'humour et le cynisme, ce qui ne peut se faire qu'en traitant les sujets superficiellement, ce qui est possible, en premier lieu, avec des polémiques. Puis, dans un second temps, j'ai également pris conscience que la nature de ce blog ne pouvait être l'unique raison de cette sélection. Loin de moi l'idée de décerner des blâmes, mais il convient de se rendre compte que les sujets qui font les grandes lignes, ceux sur lesquels les médias, ainsi que les hommes et femmes politiques, se concentrent, ce sont, non pas les sujets de fond, mais bel et bien les polémiques.
De toute cette réflexion (J'avoue, en même temps, que je n'y ai réfléchi que dans le métro, pendant que j'observais un homme, visiblement très émêché, qui menaçait d'uriner sur les gens), je me pose une question simple, dont la solution est forcément complexe: la polémique est-elle le nouveau moteur de la vie politique?
La réponse est, en ce qui me concerne, évidente et c'est un grand OUI. Il suffit de ne s'intéresser qu'aux sujets brûlants qui ont agité l'actualité durant les derniers mois. Cette semaine, il y a eu l'affaire avec le Prince Jean qui nous agite presque tous à propos de son jeune âge, de son incompétence ou du népotisme flagrant. La majorité des réactions consiste donc à huer Jean Sarkozy, qui, n'en doutons pas, le mérite; or, il serait mille fois plus intéressant (Mais moins drôle, dans mon cas) de se pencher sur l'avenir de la République ou sur ce qu'est l'EPAD, qui, d'après ce que j'ai pu lire, est un sacré bordel. Il en est de même pour la semaine précédente, avec l'affaire du boxer Thaï qui aurait payé Frédéric Mitterrand pour faire un combat de boue (Oui, un truc comme ça). Tout le monde le conspue; avant de se rendre compte que Marine Le Pen avait, sciemment, modifié l'extrait du livre de Mitterrand qu'elle avait lu à l'antenne, pour y ajouter "jeunes" avant "garçons", sous-entendant donc que Frédéric Mitterrand s'était livré à de la pédophilie. Les inconscients, puisqu'il faut l'être pour reprendre directement ce que peut dire une horreur telle que Marine Le Pen. Durant toute la semaine "Frédéric Mitterrand", il ne fut que très rarement fait allusion aux futures directives contre le tourisme sexuel, à ce qui était fait pour lutter contre ce fléau, ni même un quelconque reportage sur l'état du tourisme sexuel. Une semaine après, la polémique est terminée et chacun, sauf au FN, est rentré dans ses chaumières.
Ce n'est guère nouveau, c'est à la mode depuis une dizaine d'années: on réagit à un événement et uniquement à celui-ci, sans en chercher les causes ou les conséquences. La polémique supplante les débats de fond ou les vraies interrogations. Quid, par exemple, de la justice qui semble toujours privilégier les forces de l'ordre, même si celles-ci sont tout à fait en tort, comme dans l'affaire de l'enfant, tué par une voiture de police qui avait grillé un feu rouge et dont les deux policiers s'en tirent avec des peines ridicules? C'était il y a environ deux mois et personne ne s'est intéressé à la question essentielle: comment se fait-il que ces deux policiers s'en soient sortis sans problèmes alors que n'importe quel autre citoyen aurait été lourdement condamné, avec les mêmes circonstances. Ou encore la question de l'intégration des minorités: suite au match de football Algérie-Rwanda, plusieurs dégradations ont eu lieu à Marseille. Cela a été peu relayé, mais il n'empêche que personne ne s'est posé la question de l'intégration, toujours ratée, des minorités. En même temps, cette question revient très souvent sur le tapis, sans que jamais rien ne soit fait. C'est là le principal effet pervers de l'omniprésence de la polémique dans l'actualité.
On le constate chaque semaine: une polémique se termine et plus personne n'en parle. Un polémique en remplace une autre. De temps en temps, la polémique débouche sur des décisions ou des promesses ("Oui, oui, la castration chimique sera mise en place"), principalement que c'est un problème qui tient à coeur à l'électorat du pouvoir en place. Mais, au final, les énergies étant centrées sur les polémiques et la façon d'y répondre, on laisse peu de temps à l'action. Faire le tour des radios pour défendre un Frédéric Mitterrand prend plus de temps que de prendre de vraies décisions et de répondre effectivement aux problèmes posés par les polémiques de la semaine précédente. D'une manière générale, l'action politique se retrouve noyée dans la politique politicienne: si faire une chose serait une erreur de communication, on ne l'a fait pas, même si elle s'avère nécessaire. Par contre, si une action plaît, aussi anecdotique soit-elle, il faut la prendre. On plaît, on rassure, mais on ne résoud rien.
En réalité, c'est là qu'est un des drames de cette nouvelle donne de la vie politique qui met en exergue les polémiques, au détriment du fond. La plupart du temps, une polémique a comme sujet de base une vraie thématique, que ce soit celle sur Jean Sarkozy à propos des jeunes ou de la place du chef de l'Etat ou celle sur Frédéric Mitterrand qui aborde la perception de l'homosexualité dans la vie publique. Pour autant, la rapidité avec lesquelle les polémiques sont traitées, comme la superficialité des discours à leur propos fait que bien souvent, il n'y a pas le temps ou l'envie de se pencher sur le fond. Chaque polémique pourrait amener à une vraie réflexion, sur un vrai sujet. Mais, ce n'est jamais le cas. La petite phrase surclasse le reste.
La conséquence de tout cela. Et bien, au PS, plus personne n'a d'idées et tout ce qui compte, c'est de savoir si Aubry est la plus forte ou si c'est Royal (C'est Aubry! J'suis sûr qu'elle pète en deux la Royal au catch). A l'UMP, on laisse le chef parler des choses importantes, on arrose de temps en temps François Fillon pour qu'il ne meurt pas et on laisse Frédéric Lefebvre faire la moitié des interventions au nom de l'UMP, preuve ultime de la mauvaise santé de la vie politique française.
Vous vous demandez où je voulais en venir avec ce message, qui critique justement ce qui fait les bases de ce blog lui-même? Et bien, ma conclusion sera simple et rapide: laissez la polémique aux faibles cerveaux comme le mien, qui, tel un Jean Sarkozy, n'a aucune réelle compétence et bougez-vous le popotin pour régler les vrais problèmes. Sinon, ça sera la Révolution! (Non, j'déconne, tant que Besancenot sera le chef de la "gauche révolutionnaire", il y a autant de risques de voir une Révolution que de voir Nicolas Sarkozy prendre des décisions justes et non partisanes).
18:45 Publié dans Et merde, un sujet sérieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : polémique, nicolas sarkozy, jean sarkozy, frédéric mitterrand, epad, casseurs






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